Aperçu historique

Le nom évoque le monastère de la Chartreuse du Lys Saint-Esprit, filiale de la Grande Chartreuse qui s'installa en 1584 à l'emplacement que nous occupons actuellement. Les Pères restèrent sur place jusqu'à la Révolution, en 1790, où la propriété fut vendue par lots, comme Bien National. Ils tiraient leurs ressources de la culture de la vigne sur le coteau bien exposé au Midi, et laissèrent plusieurs bâtiments de grande valeur architecturale tels que l'Eglise SAINT-BRUNO, aujourd'hui paroissiale, dont le dôme en pierres dorées est visible de loin, et l'hôtellerie de la Chartreuse appelée ensuite Maison des Missionnaires, qui est aujourd'hui la résidence des prêtres.

Dès l'Empire, le Cardinal FESCH, oncle de NAPOLEON, rachète les bâtiments aux acquéreurs de l'époque révolutionnaire ou à leurs héritiers et installe une communauté de prêtres destinée aux missions intérieures. C'est de cette communauté appelée aujourd'hui Société des Prêtres de Saint-Irénée que fait alors partie le curé de la paroisse Saint-Bruno qui fonde en 1825 le cours classique de Jésus adolescent, ébauche de la future Institution.

Les débuts sont modestes, l'école compte une vingtaine d'élèves qui sont installés dans l'ancienne cellule du Prieur de la Chartreuse.

Pour les autorités académiques, l'école est considérée comme un Petit Séminaire et à ce titre, échappe au contrôle de l'Université.

En 1837, le nouveau Directeur, M. HYVRIER, jeune prêtre, lui-même ancien élève, transfère la petite école dans un nouveau bâtiment, construit sur l'ancien cellier des moines, qui est aujourd'hui encore, le centre de l'Institution.

Les locaux se prêtant mieux au développement, les effectifs grandissent régulièrement pour atteindre une centaine d'élèves en 1842. La reconnaissance officielle est accordée la même année. En 1844 apparaît la classe de Philosophie et les premières présentations au baccalauréat. La série des classes s'étend des 9°, actuels C.E.2, aux Terminales.

En même temps que le nombre d'élèves augmente, le corps professoral s'étoffe. Il est constitué de douze ecclésiastiques et l'Institution est désormais organisée en deux divisions.

En 1849, un an avant la loi Falloux autorisant la liberté de l'enseignement secondaire, le Supérieur HYVRIER demande et obtient le privilège du plein exercice, c'est-à-dire, l'autorisation de donner l'enseignement conduisant au baccalauréat dans un établissement privé, sans devoir inscrire les candidats, au moins fictivement au Lycée Public. En transmettant la demande au Ministre, le Recteur de l'Académie de Lyon porte l'appréciation suivante : "Tous les éléments du bien-être pour les élèves, toutes les bonnes garanties de bonne direction des études et de l'éducation se trouvent réunis dans le pensionnat dont il s'agit".

A la même époque, le bâtiment principal de l'Institution est agrandi et reçoit la forme qu'il conserve encore de nos jours, la Cour d'Honneur, centrale, étant ouverte au Midi.

De ce que nous avons pu constater à l'examen des archives, tant locales que nationales, il semble résulter que l'enseignement donné aux Chartreux avant 1850 n'est pas très différent de celui de l'enseignement public. L'expansion est modeste, les familles cherchent un encadrement plus soutenu que celui du collège royal, l'école n'est pas le lieu d'un combat idéologique. Une note de solidarité apparaît déjà en 1848 lorsque les élèves demandent que soit consacrée aux ouvriers dans la misère, la somme destinée à l'achat de leurs livres de prix.

Dans la phase suivante, les Chartreux se montreront libéraux, ouverts aux idées modernes et par là, sympathiques aux républicains eux-mêmes, ce qui continuera de leur assurer une place originale dans l'enseignement secondaire lyonnais.

Nous avons insisté sur les vingt-cinq premières années de l'Institution parce que cette époque est la plus originale. De plus, par un paradoxe assez fréquent en histoire, on dispose de davantage de documents anciens significatifs que de pièces plus récentes.

Nous avons cité l'abbé HYVRIER (1809-1892) qui est considéré comme le véritable fondateur. Outre l'organisation de l'enseignement, on lui doit l'achèvement du bâtiment principal en 1837 - le seul à usage scolaire pendant plus d'un siècle - et la construction de la Chapelle, bâtie en 1864 sur le modèle de la Chapelle de Vincennes qui servit d'ébauche à la Sainte-Chapelle de Paris au XIIIe siècle. M. HYVRIER n'était pas d'abord un intellectuel mais un homme d'action. Ses études se limitèrent au noviciat de LA MAISON DES CHARTREUX mais il s'intéressa suffisamment à la vie de l'esprit pour créer et développer une Institution où l'élément intellectuel serait partie intégrante et essentielle de la formation humaine et chrétienne des jeunes gens. On lui proposa plusieurs fois l'épiscopat - comme en témoigne son dossier individuel conservé aux Archives Nationales - il préféra toujours se consacrer à la maison d'éducation dont il avait fait son oeuvre.

Qui étaient les trois cents élèves, effectif moyen pendant un siècle, de 1860 à 1960, la plupart pensionnaires, qui fréquentaient annuellement les CHARTREUX ? Des études de sociologie historique récentes montrent qu'ils étaient issus de la bourgeoisie d'affaires, de tendance libérale, tant lyonnaise que régionale.

Il y aurait quelque impudence à énumérer les anciens élèves qui, à l'âge adulte, ont tenu une place importante dans l'Eglise ou la cité. Deux figures nous paraissent caractéristiques de leur milieu d'origine et de la formation reçue au CHARTREUX. Monseigneur ALFRED ANCEL, promotion 1915, dont la vigueur intellectuelle et la sainteté de vie ont contribué à une prise de conscience de la réalité ouvrière par la bourgeoisie, et JOSEPH FONTANET, promotion 1937, qui fut ministre de l'Education Nationale et qui incarna dans la politique les valeurs majeures de la vie chrétienne engagée.

Parmi les prêtres qui enseignèrent à l'Institution, l'abbé COUTURIER, professeur de sciences, fut avant et après la dernière guerre un des principaux artisans du Mouvement Oecuménique Mondial.

Au moment de la SEPARATION DE L'EGLISE ET DE L'ETAT, en 1905, les prêtres des CHARTREUX qui n'étaient pas religieux au sens canonique et qui devaient encore rembourser des annuités de l'emprunt souscrit au Crédit Foncier pour la construction de la Chapelle, furent autorisés à rester sur place et à poursuivre leurs activités d'enseignement et de prédication.

La GUERRE DE 1914-1918 vit la transformation d'une partie de l'Institution en hôpital militaire. En 1922, les passions politiques qui avaient conduit à la Séparation s'étant apaisées, une Société Immobilière, essentiellement composée d'anciens élèves put racheter la propriété, amputée de la partie Sud que s'appropria la Ville de Lyon pour construire l'Ecole de Tissage.

La SECONDE GUERRE ne devait pas amener de transformations essentielles : chacun souffrit des restrictions, les caves servirent d'abris pendant les alertes, on remplaça les professeurs mobilisés mais lorsque la guerre prit fin, l'Institution n'était guère différente de celle qu'avaient connue les grands-pères des élèves. Environ trois cents garçons, du milieu des classes primaires aux Philo-Maths étaient encadrés par une vingtaine de prêtres et quelques professeurs laïcs. Des surveillants étudiants ou séminaristes stagiaires venaient aider les préfets de division.

Les professeurs féminins étaient l'exception. Il y avait une trentaine d'élèves en Première et autant en Philo-Maths pour se préparer à passer les deux baccalauréats. C'est l'essor démographique de l'après-guerre, la prolongation de la scolarité... et la loi DEBRE qui amenèrent, dans les années soixante, la première croissance significative des effectifs. Les classes furent progressivement toutes doublées puis triplées, on ouvrit la section "B", il y eut désormais quatre Terminales autonomes. Une nouvelle étape devait être franchie en 1972 avec la création des premières classes au-delà du baccalauréat. Les Math.Sup. suivies des Math. Spé. ouvrirent la voie. Implantées à Saint-Just, dans l'ancien Séminaire Universitaire, elles ont pour vocation essentielle de préparer des bacheliers scientifiques, originaires de toute la France, à l'entrée à l'Institut de Chimie et de Physique industrielles devenu aujourd'hui C.P.E.

L'exemple de ces préparatoires scientifiques sous contrat fut suivi par d'autres établissements catholiques qui assurent ainsi les deux premières années de la formation des ingénieurs.

Le développement des carrières commerciales et la transformation de l'Ecole Supérieure de Commerce de Lyon allait amener l'Institution à ouvrir, en 1973, des classes préparatoires au Haut Enseignement Commercial (H.E.C.), puis des B.T.S. de Comptabilité-Gestion suivis des B.T.S. d'Informatique de Gestion, et de la préparation au Diplôme d'Etudes Comptables et Financières. Du fait de ces multiples formations au-delà du baccalauréat, le lycée compte aujourd'hui davantage de bacheliers poursuivant leurs études dans un cadre scolaire (près de huit cents) que d'élèves de Seconde, Première et Terminale (environ sept cents élèves). Autres signes d'ouverture dans les années récentes ; l'Institution qui se consacrait traditionnellement à l'éducation des garçons, devint MIXTE en 1977, d'abord modestement, avec une classe mixte par niveau, puis progressivement, très largement “de 2 à 22 ans”. Actuellement, le nombre de garçons et de filles est équilibré à la satisfaction des élèves eux-mêmes, de leurs parents et de leurs maîtres. Enfin, l'établissement, dont la réputation classique était bien assurée, a ouvert des B.T.S. relevant de l'Enseignement Technique.

Les travaux d'aménagement, fort importants chaque année, ont surtout été entrepris depuis les années 1980, pour faire face à l'augmentation du nombre d'élèves et à la diversification des sections.

Cent soixante dix ans d'histoire ont façonné les Chartreux d'aujourd'hui qui se veulent à la fois héritiers d'une tradition intellectuelle et spirituelle riche et diverse, mais en même temps, créateurs dans la véritable fidélité à l'intuition d'origine.

Une équipe de directeurs assiste le Supérieur dans la conduite de l'établissement qui compte cette année deux mille six cents élèves.

La société des prêtres, fondée par le Cardinal FESCH continue de porter la responsabilité de la tutelle et de la gestion de l'ensemble, sous l'autorité de l'Archevêque de Lyon. Un nombre sans cesse plus important de laïcs, professeurs, administrateurs, parents, collabore à des titres divers à l'oeuvre d'éducation de la Maison qui entend demeurer ouverte et ferme dans la ligne du catholicisme libéral. Le siècle dernier vit naître et se développer une institution soucieuse d'apporter aux jeunes une solide formation pour leur apprendre à servir dans le monde où ils deviendraient responsables ; dans le même esprit, l'oeuvre d'éducation se poursuit aujourd'hui.

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